01.07.2009

Des images (impressions et couleurs)

Vintage '09.JPGBye, bye New York... Notre quotidien est en cartons paumés entre la côte Est et le Heartland, pas encore réinventé dans la maison pleine de possibilités et de pas grand chose d'autre. Après la violence centrifuge du voyage, les chats commencent à reposer pattes sur plancher: Baron émerge de plus en plus souvent de sa cachette sous la cuve du chauffe-eau au sous-sol; Carbomb perd sa personalité temporaire de pot-de-colle surexcité. Chris s'est remis au boulot, ses moniteurs jumeaux en équilibre sur la table d'appoint, $30 chez Target, qui lui sert de bureau en attendant de trouver mieux. Moi, veinarde, je passe mes journées à m'émerveiller d'avoir du vert à la fenêtre et à me demander où passe le temps.

Sunset self-portrait.JPGLe voyage a été plus compliqué que prévu... Comme tous les déménagements, non? Bref, de complication en complication, le départ prévu entre midi et deux a fini par se produire à 17h00 passées, avec un GPS en stade terminal (autonomie d'une heure environ, juste le temps de sortir de Manhattan au milieu de l'exode vers les plages du week-end...). Ça nous a donné un beau soleil couchant dans lequel foncer, comme Lucky Luke. Première partie du voyage magique, des mongolfières partout dans la partie verdoyante du New Jersey, vers luisants dans la chaleur du soir, et même des feux d'artifice en Pennsylvanie la bien-nommée, collines et forêts de légende. Nous avons continué à rouler dans le soir jusqu'à minuit, où nous avons cherché un endroit où s'arrêter pour la nuit. Pas facile avec deux chats... Comme dans un conte gothique, nous nous sommes perdus sur Twilight Hollow Road (authentique), un chemin pas éclairé bordé d'un cimetière, d'une boucherie industrielle et autre parking à l'abandon, avant de finalement trouver un motel où prendre quelques heures de repos.

First view of Indiana.JPGLe lendemain, traversée de l'Ohio et de l'Indiana, les états plats plats plats... Pas grand chose à noter sinon les verts de plus en plus crus, les fleurs, les graminées. Arrivée en début d'après-midi, accueillis par notre propriétaire qui était passée rempoter les jardinières à nos fenêtres et papoter avec la voisine, sa grande copine. Elle nous a laissé des friandises en tout genre dans le frigo, avec des bouteilles d'eau (même une Perrier!) et des jouets pour les chats, histoire de nous souhaiter la bienvenue, le voisin nous a déposé un assortiment de bonnes bières... Ici l'hospitalité c'est sacré et ça se sent. C'est vraiment un Nouveau Monde!

Depuis on s'installe lentement... Je continue sur une drôle de tendance commencée à New York juste avant de partir, une envie de revisiter des choses de l'enfance. Je ne veux pas appeler ça de la nostalgie, je n'ai pas de romantisme de l'enfance ou de l'adolescence, mais c'est quoi cette nouvelle tentation d'aller regarder des clips de Cat's Eyes sur YouTube, ou de ré-écouter Michel Berger ou Goldman (que vous aurez peut-être reconnu dans le titre)?

(Plus de photos du voyage ici)

23.06.2009

Just fine

DSC_1458.JPGLes bagages avancent, les formalités aussi, nous sommes même plus ou moins dans les temps prévus… Ah oui, car il y a de la gestion de projet pour ce déménagement – trois mois de chômage, et je ne tenais plus sans rétro-planning et debriefs réguliers!

Nous ça va, pas trop de stress, en revanche les chats nous chargent de transmettre que leurs maîtres sont complètement tarés de tout ranger comme ça, ils n'y comprennent plus rien.
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J'ai hâte d'y être, maintenant que la décision est prise. Hâte d'avoir un coin de ciboulette dans le jardin,  hâte d'aller cueillir des cerises dans une ferme ouverte au public, hâte de déballer tout mon barda et d'aller au concert de Tori Amos début juillet.

Par contre, niveau "apprendre à conduire", sans surprise, je ne suis pas du tout pressée!

19.06.2009

Le grand cri du soir

Aaaaaaaah!

Ça fait du bien...

Je vis dans les cartons, j'ai commencé à me botter les fesses (séances quotidiennes de préparation aux tests d'entrée en programme de doctorat, idem pour l'écriture, idem pour la lecture de livres un peu plus difficiles que les multiples Stephen King de l'année passée), j'ai pris PLUS DE CINQ KILOS VENUS DE NULLE PART depuis que je suis rentrée de France (et ça ne va pas s'arranger avec tous les restaus de Brooklyn auxquels Chris et moi voulons dire au-revoir), les chats font la tête, c'est la fête des emails en retard, Chris prépare des cocktails...

... tout va bien, mais l'oeuf est plein, merci bien!

10.06.2009

Indy -- premières impressions

Juste un petit mot en fin de week-end à Indianapolis... Chris et moi avons passé le week-end avec nos amis Gabe et Brett à explorer la ville et visiter différentes maisons à louer... Oui, j'ai bien dit MAISON!

Après un "saut de puce" de New-York à Indianapolis vendredi soir, dans un tout petit avion miraculeusement stable malgré les rideaux de pluie qui s'abattaient sur la majorité du parcours (ou peut-être devons nous attribuer ce calme à la même cause que l'impression qu'un voyage de plus de deux heures avait duré à peine plus de 15 minutes, à savoir un bon bouquin), nous nous sommes dirigés vers le centre-ville pour une nuit à l'hôtel. La première impression, donnée par l'aéroport, l'hôtel et ses environs (que nous avons explorés ce soir-là) était à peu près conforme à ce que j'attendais: une ville très propre, presque trop, moderne et sans grande quantité d'âme, servie principalement par des restaurants génériques (juste le niveau au-dessus de Mc Do et Wendy), avec ces grands monuments faussement grecs dont les pères fondateurs du coin semblent avoir été passionément épris. Peu d'animation passé 23h00, les troupes qui sortaient de concerts ne semblant pas s'attarder. En un mot comme en cent, une ville moyenne américaine typique, propre, confortable et ennuyeuse.

Le samedi fut un peu plus excitant: après avoir visité trois maisons dans le quartier recommandé par nos amis, Broad Ripple, nous avons passé un peu de temps dans les environs. Deux des maisons ne nous convenaient pas, la troisième restant une possibilité mais un peu trop isolée à notre goût. En revanche le voisinage nous a séduit avec son mélange de petits magasins indépendants, de bars et de restaurants. Les hippies semblent voisiner joyeusement avec les jeunes familles et les étudiants. Le centre du voisinage est très commerçant, avec très peu d'appartements, puis en anneaux se succédent un quartier résidentiel de banlieue américaine, composé de maisons individuelles avec jardinets bien entretenus et "driveways" (un peu plus charmant néanmoins que les versions texanes que j'en ai vu, car les maisons sont de styles très variés), puis au nord un quartier résidentiel plus diffus, avec de grands jardins, des parcs, de la forêt et le "Monon Trail", une voie construite sur l'ancien chemin de fer, et sur laquelle les résidents s'adonnent à toutes sortes d'activités incongrues (course, bicyclette, etc.); au sud la ceinture industrielle mal en point avec ses garages pourris et ses boutiques de tatoueurs.

Nous avons donc concentré nos efforts sur Broad Ripple, marchant à travers les quartiers pourtant chouettes ravagés de panneaux "à vendre" (on imagine les causes) et "à louer" (quartier étudiant qui donc se vide en été). Ainsi nous avons trouvé une petite maison que je m'obstine à avoir envie d'appeler une maisonnette tant je l'ai trouvée charmante: relativement compacte, elle a plein de détails chaleureux et un peu désuets, est cachée de la rue par trois larges pins et entourée d'un jardinet (je recommence) tarabiscoté avec un garage qui ressemble à une grange, un patio dallé pour les déjeuners d'été, un kiosque où s'abriter avec un bouquin... Le rez-de-chaussée est complètement ouvert, avec une petite entrée en bois, un long salon et une cuisine donnant sur le jardin; à l'étage, la salle de bain et deux chambres, dont une servira de bureau. Il y a une grande cave bien isolée qui sert de buanderie, de remise, et qui pour nous contiendra les litières des chats; la propriétaire, une hippie qui fait pousser des tomates et du basilic dans un jardin communal de l'autre côté de la rue, nous assure que ses chats à elle adoraient cette pièce, les fenêtres étant à la hauteur idéale pour observer les écureuils et les oiseaux.

Bucolique, non?

(Chris devrait mettre des photos en ligne sur flickr ce soir pour les curieux!)

 

03.06.2009

Un bref entretien

Cela aura exigé des longues heures de préparation (un entretien de préparation avec l'avocat, une après-midi à rassembler documents officiels, factures communes, relevés de comptes, à imprimer des photos et à retrouver des cartes postales addressées à nous deux) et un bon moment d'attente (convoqués à 9h00, nous nous sommes sur les conseils de notre avocat présenté sur place à 8h15, pour n'être finalement reçus qu'à 10h00), mais c'est passé très vite à partir du moment où nous avons été reçus: la main levée, j'ai juré de dire la vérité, toute la vérité et rien que la vérité (apparemment, il aurait suffi que je réponde "oui" à la question), nous avons raconté quelques anecdotes, Chris a répondu que le prénom de mon père était Jean-Pierre (puis s'est exclamé "Jean-Yves!! Jean-Yves!!" au milieu de ma réponse à la question suivante), et le fonctionnaire de l'immigration a griffonné quelques hiéroglyphes au bic sur mon passeport.

Et c'est en fini de mon entretien avec les services de l'immigration.

Chris et moi étant marré depuis moins de deux ans, la carte verte qui devrait en découler ne sera que conditionnelle, mais une fois que je l'aurais en poche, je serais libre de vivre et travailler où je le veux ici. C'est un pas supplémentaire dans la reconquête de cette liberté personnelle dont je me sentais privée depuis que je suis venue ici. Non que mon employeur m'ait maltraitée, au contraire, mais le simple fait de savoir qu'il pouvait me prendre, s'ils me licenciaient, le droit de rester sur le même sol que mon amour, le fait de ne pas pouvoir changer d'employeur... Un mois d'attente maximum avant d'avoir les documents en poche, une simple formalité!

Dans la salle d'attente, je finissais la lecture de l'Orestie d'Eschyle. L'oeuvre elle-même m'a favorablement surprise, facile d'accès et pleine d'humour, à des lieues du blabla daté et grandiloquent auquel je m'attendais (même si Eschyle parle parfois pour ne rien dire!). Lire la scène du jugement d'Oreste à Athènes, qui marque le passage antique du droit du mariage (patriarcal) sur le droit du sang (matriarcal) était une coïncidence amusante, comme le fait de me retrouver dans cet antre de la bureaucratie juste après avoir récemment fait étape chez Kafka.

Comment ne pas aimer les livres quand ils ont cette façon d'être toujours au bon endroit, au bon moment pour leur lecteur?