26.02.2008
Dimanche Dynamique
Samedi ayant été consacré à de la glande (ben oui, c'est fatigant, les semaines), et comme je prenais l'avion dimanche en fin d'après-midi pour l'univers impitoyable des prairies empétrolées (réunions texanes lundi-mardi, trop bien), j'ai décidé que dimanche matin il n'y aurait pas de grasse matinée, mais un brunch et du shopping.
Direction donc Jing Fong pour des dim sum histoire de bien commencer la journée (je préfère nettement les petits déjeuners salés, rien à faire...). C'est un immense restaurant au coeur de Chinatown, avec une salle assez grande pour être convertie en salle de réception pour deux banquets de mariage en même temps... Et je parle bien des mariages chinois, où même le beau-frère de la dermato du petit cousin du vétérinaire qui a soigné Kiki il y a 25 ans est invité. Une salle immense, donc, où passent des dames qui poussent des chariots débordants de délices fumants et des messieurs en veste bleu marine qui vérifient que vous avez du thé et prennent un air important. Nous avions découvert avec un collègue qui parle couramment le mandarin*, nous y sommes retournés sans personne pour faire la traduction, et avec un ami nippo-américain qui nous a définitivement brouillé avec les serveurs quand il a demandé de la sauce de soja (c'te plouc!). Mais globalement c'est tout aussi délicieux quand on ne sait pas ce qu'on mange, et à part les deux ou trois fois où Chris a essayé de faire venir un chariot qui visiblement n'était pas pour nous, tout s'est bien passé.
* et Clémentine-c'est-ma-cousine, of course!
Du coup après pour le shopping, j'ai (comme d'habitude) complètement été nulle pour acheter des fringues (résultat: 0), mais par contre les jolis plats ci-dessus font désormais partie de la famille, et pourront accueillir les ingrédients ci-dessous (et une petite douzaine de leurs amis aliments):

Le monsieur a tout de suite deviné ce que je voulais cuisiner quand je lui ai demandé de la pâte de Tamarin et des crevettes séchées... Ce week-end, ça va être Pad Thai!
Ça fait longtemps que je ne vous avais pas fait un petit post de pétasse matérialiste, moi...
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18.02.2008
Où la veuve crépitante se remémore les cygnes au bord du Loing
Parmi tous les types de cafards qui s'engraissent une fois de temps en temps de mes idées noires, il y en a un tout spécial que je commence à peine, à 30 ans gentiment sonnés, à savoir déjouer. Pas à chaque fois, mais une fois de temps en temps. C'est celui que j'appelle "se passer au mixer". Celui qui commence petit joueur quand je suis un peu fatiguée (ou déçue ou déprimée, etc.), et qui va puiser au fond de ma tête toutes sortes de vieux sentiments de colère, d'humiliation, de peur (et là aussi aussi, et cetera), pour me rappeler à quel point je suis nulle, mal-aimable, inintéressante, et tout un tas d'autres charmants "tseteras". Une fois que la mécanique est enclenchée, les lames réduisent tout ce qu'elles trouvent d'amour-propre en une jolie purée écarlate, avec un léger bruit sarcastique à chaque fois qu'une dose d'auto-apitoiement est ajoutée au mélange.
[Je vous rassure tout de suite, je ne suis pas dans une humeur noire là tout de suite maintenant, et malgré ce que les nouvelles couleurs pourraient donner à penser, ce blog ne va pas virer à la complainte existentialiste de la jeune fille mal-aimée. Je fais juste une intro pour la suite.]
Là où je veux en venir, c'est que la quasi-totalité du combustible qui entraîne les lames semble provenir de mes années de purgatoire d'adolescence française de petite ville. Il me reste des centaines de souvenirs de cette période, chacun un fragment d'une histoire que je ne comprends pas, chacun isolé des autres comme s'ils n'avaient aucun rapport. La fois où F. m'avait mordu la main. Le cross du collège, avec le Balisto lait-miel-amandes que j'avais tenté de manger en courant (et recraché aussitôt), et l'incrédulité totale de L., bonne-en-sport, à l'idée que j'ai pu passer la ligne d'arrivée avant elle. Les moqueries sur ma jupe rouge préférée. Plus j'en écris et plus il m'en revient, la plupart atroces, unis non par une narration, mais par un commun sentiment de peur, de rejet et d'incompréhension. Quelques-un sont plus plaisants, en particulier le trajet entre l'école et la maison, avec le passage sur le pont, la vue sur les saules pleureurs, les "cascades". Et puis ce sentiment d'évasion, d'aventures, à chaque fois que je passais dans la rue des Tanneurs, plus ruelle que rue, pavée, secrète, moyenâgeuse et romantique à souhait. Les livres aussi, bien sûr.
Tout ceci est indicible. J'ai essayé plus d'une fois, mais ça n'est pas très intéressant, et je me donne à moi-même l'impression pathétique d'être restée coincée dans la peau de victime de mes treize ans. Et s'il y a un endroit au monde où je n'ai pas envie de me retrouver, c'est là-bas. Sauf, comme je viens de le découvrir, si c'est écrit par David Mitchell.
Vendredi matin, Black Swan Green (malheureusement, je crois que ce n'est pas traduit en français -- Lilou, tu sais ce qu'il te reste à faire!), c'était le livre que je devais me taper en vitesse pour préparer mon prochain cours de roman moderne (je me suis inscrit à un cours un peu décevant avec NYU, New York University. C'est plus un club de lecture qu'un réel cours... MAIS la liste de lecture me plaît énormément, alors je m'accroche et je vais à mon rendez-vous hebdomadaire papoter avec les mamies de New York). Je n'étais pas plus excitée que cela... Je me suis lancée vendredi soir, et je vais vous dire une chose: heureusement qu'une fois de plus, le boulot de Chris* m'a faite veuve pour le week-end, car je n'ai pas laché le livre depuis (sauf pour manger et pour regarder Shaun of the Dead, parce que quand même).
L'histoire est celle de Jason Tailor, l'année de ses treize ans, dans l'Angleterre glauquissime (Tchatcher, guerre des Falklands, début de récession, le rêve...) de 1982. Jason est tellement moi (à part qu'il évolue bien plus rapidement que je ne l'ai fait) que j'imagine qu'il est un peu tout le monde. Ses parents sont en guerre, sa soeur est une peste, l'école est une série de pièges qu'il ne comprend pas entièrement, et pour couronner le tout, il ne semble pas capable de résoudre tous les problèmes du monde à lui tout seul. Là aussi, j'imagine que le sentiment est familier.
C'est tellement bien que j'ai refermé le livre il y a trente minutes, et que je me suis précipitée pour écrire ici. Que ça m'a fait pleurnicher. Que j'ai envie d'écrire une nouvelle ou deux. Que je vais reprendre le livre dès ce soir pour le disséquer d'un peu plus près. La prose est originale, la structure parfois audacieuse (c'est chronologique, mais il y a des blancs), mais tellement maîtrisée que ça ne se remarque pas au détriment de l'histoire. Pardon, que cela sert l'histoire, lui donnant ce sentiment de réalisme des souvenirs qui tentent d'être honnêtes. Et puis c'est impitoyable, amer, ironique, enthousiaste, avec des éclairs de soulagement et de plaisir dans le "ciel bas et lourd"** d'avoir treize ans et de n'être que partiellement un crétin enhormoné.
Bref, chaudement recommandé.
* qui travaille pour Crispy Gamer, pour ceux que le titre de cette note avait emperplexifiés.
** madame X, qui était ma prof de français en 1ère: toutes mes excuses pour vous avoir intérieurement maudite de nous faire apprendre par coeur des poèmes de ce prétentieux de Beaudelaire. Celui-ci s'est incrusté, et nous avons même fini par devenir copains. Comme quoi.
00:40 Publié dans Jour après jour | Lien permanent | Commentaires (4) | Envoyer cette note
10.02.2008
Cours de rattrapage
Cela fait des siècles que je n'ai rien posté ici... Pardon pardon pour le manque de nouvelles! L'hiver et l'hibernation qui s'ensuit ont du me geler les doigts... A moins que ça ne soit une bonne vieille crise de flemme, allez savoir!
Bref. Toujours est-il que oui, je suis vivante... Le roman du boulot continue. Ça y est, j'ai commencé dans mon nouveau poste, mais personne - et surtout pas moi - ne sait très bien ce que je suis censée faire. Je suis également censée avoir un binôme, mais le recrutement ne suit pas. Personne, apparemment, n'est assez bien pour faire équipe avec moi. N'importe quoi... Du coup nous examinons des candidats. Le dernier en date est encore un énorme point d'interrogation, un vieux de la vieille qui me plonge dans des abîmes de perplexités et d'indécision quant à savoir si j'ai vraiment envie de travailler avec lui. Secret, compliqué, très intelligent... Encore une belle manière de se compliquer la vie.
La vérité vraie... C'est que je n'en peux plus de cette boite. Je ne comprends rien à ce que nous faisons. Je suis désormais sur le radar de notre directeur marketing, et je reçois de plus en plus fréquemment des demandes complètement bidons, du type "OK, notre stratégie c'est X. Est-ce que tu peux me créer une justification pour ça?"
Mais bien sûr...

Bref, je suis frustrée du boulot. A mort. Ça me fait bien rire - jaune - quand je lis sur des blogs de p'tits jeunes toutes les infâmes manipulations auxquelles se livrent les marketeux pour vous vendre à vous, pauvres citoyens innocents et abusés, des concoctions douteuses dont vous n'avez aucun besoin. Si seulement nous, les vilains marketeux, avions l'intelligence collective de ces atroces manoeuvres... La vérité semble plutôt être du côté de stratégies montées à la va-vite avec deux bouts de ficelles et un peu de bubble-gum, avec un niveau de réflexion plus proche de la partie de billes dans la cour de récré de CM1 que de Machiavel. Bref, oui, je suis de mauvaise humeur aujourd'hui...
Et maintenant, si vous voulez bien m'excuser, il faut que j'aille coller un peu de papier brillant sur mon dernier échafaudage en allumettes. Euh, je veux dire, il faut que je crée une présentation qui explique les choix stratégiques que nous avons fait, et qui nous permettront -- je vous cite la phrase immortelle d'un des membres de notre comité de direction, de "keep on focusing on everything".
Oui Capitaine mon Capitaine...
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